dimanche 29 mars 2009

Twilight

ou comment je me suis laissée prendre au jeu...



Je me suis décidée à lire ces bouquins le mois dernier pour une seule raison : la série était en tête des ventes. Et, ma bonne conscience professionnelle me poussant, malgré mes préjugés bien ancrés envers le pseudo-romantisme gothique à l'eau de rose pour adolescentes à peine pubères, je suis allée chez un célèbre libraire parisien me chercher ce premier tome à prix réduit. Première surprise, il n'y avait qu'un seul tome en occasion. Deuxième surprise, le nombre de jeunes filles et de moins jeunes (de mon âge pour être précise) qui tournait autour de la table. Troisième surprise, la beauté graphique des couvertures. Là, j'ai commencé à me poser des questions. 
J'ai donc embarqué l'unique exemplaire étiqueté de jaune sous les yeux furieux de demoiselles qui n'avaient pas pensé à soulever la pile de livres, et ai commencé à le lire dans le métro. Premières impressions : ennui, envie de corriger la syntaxe au crayon rouge, soupirs devant les calques évidents de l'anglais, violent désir de secouer Bella la niaise, rictus moqueur face à Edward le petit vampire... Pour résumer, comme vous l'aurez compris, grosse déception. 
Malheureusement, je suis une fan inconditionnelle d'Anne Rice. Et j'aime beaucoup Tanith Lee. Alors les vampires qui s'exposent au soleil sans crainte, qui tombent follement amoureux d'une adolescente maladroite et qui ne révèlent aucune profondeur sous leur apparence de jeune premier, très peu pour moi. Sauf que...
Après avoir mâché ma chique de déception pendant deux bonnes semaines, après avoir regardé le film de façon tout à fait (il)légale - la bande annonce m'ayant presque fait sortir de la salle en ricanant-, film qui a confirmé ma première impression d'ennui, je me suis trouvée un soir sans rien à lire après une dure journée de labeur. Avec cette envie grandissante de me mettre un bouquin "vite lu vite digéré" sous les canines. J'ai eu envie de savoir ce qui allait arriver à nos deux énergumènes.
 
Le deuxième tome récupéré lui aussi en occasion a comblé le trouble compulsif... et a laissé comme un léger vide derrière lui une fois digéré. J'ai mis plus de temps à le lire, n'hésitant aucunement à le poser voire le fermer, pire à le feuilleter devant la télévision, ce que je n'ai pas fait depuis mon dernier Mary Higgins Clark en première, c'est dire. Mais, il y a toujours un mais, chose énervante avec les séries "macdonaldiennes", on reste sur sa faim, et bien évidemment, toujours à la fin du bouquin. Fin qui ne résout aucunement le dilemme cornélien de l'héroïne ("je l'aime, il est immortel, il m'aime, je suis mortelle, un problème? Tiens, si je me mettais dans une situation impossible pour qu'il vienne me sauver ou me pleure à jamais en cas d'échec de la première solution?..."). Fin qui nous invite bien innocemment à feuilleter le début du tome suivant. Fin qui nous traîne à l'aide de la corde rouge (oui, c'est bien plus voyant qu'un fil blanc) traversant toute l'histoire vers les prochaines aventures subtilement suggérées... (un loup-garou? un vampire sur le retour? tiens donc, un remake d'Underworld en vue?)... 
Bref, je suis allée me chercher ma dose : le troisième et le quatrième tome ont fini dans mon sac, parce que soyons honnêtes, je n'allais pas encore faire un aller-retour non assumé vers cette maudite table. 
Et là, surprise! le troisième tome commence à approfondir la psychologie des personnages secondaires (et principaux, pas trop tôt). Les péripéties s'enchaînent sans trop de difficultés, on voit le bout du tunnel marécageux des deux premiers tomes s'éclaircir. Mais j'avoue que le plaisir n'est vraiment arrivé qu'au quatrième tome.
 
Après un début presque idyllique, une petite plongée dans le gore s'amorce lorsque notre héroïne bien pensante se retrouve dans une situation à laquelle elle aurait dû penser avant de coucher avec un vampire (oups, j'en ai trop dit...). Le ton devient épique, et la fantasy pointe enfin le bout du nez à travers les vies et conflits des personnages secondaires, puis par les choix de nos deux tourtereaux innocents (admirez la litote ou la tournure ironique... j'hésite). 
Finalement, je réalise en tournant la dernière page, que m... alors, moi aussi je suis tombée dans le piège d'une série au plan marketing très efficace... et qu'on ne m'y reprendra plus... avant la prochaine fois.

Pour résumer, si vous avez du temps à perdre dans le train ou sur la plage, que vous voulez lire un texte ne demandant pas beaucoup de réflexion ni de recul et encore moins de concentration, ces livres vous intéresseront. Ils permettent de mettre en valeur d'autres livres au contenu plus fouillé, et surtout, ils amènent de jeunes lectrices aux soeurs Brontë, des oreilles à Debussy, et des groupies à Cédric Diggory (si vous voyez le rapport, c'est que comme moi, vous êtes atteints de nerderite aigüe, et que vous lisez et regardez trop de romans et films pour adolescents...).

Des livres que je conseille, donc, car ils sont à la littérature ce que les films grand spectacle sont au cinéma : un moyen de se reposer et d'apprécier davantage les films d'auteurs.

Fascination, Tentation, Hésitation, Révélation, Stephenie Meyer, Hachette Jeunesse, collection Black Moon, 2005 à 2008.

2 commentaires:

Elsa a dit…

Très bel article, très bien écrit :)
Très contente je suis !

la comète a dit…

J'ai hâte d'avoir ton avis de lectrice éclairée sur les bouquins :D

lecteurs